ldorsouma

Le courage des jeunes laveurs de motos : Une leçon de résilience à N’Djamena

Le Tchad est confronté à une réalité économique difficile où le chômage des jeunes atteint des niveaux alarmants. Malgré leur diplôme en poche, de nombreux jeunes tchadiens peinent à trouver un emploi formel. Ils se tournent vers des activités informelles pour subvenir à leurs besoins. Parmi ces initiatives, le lavage de motos est un moyen de survie pour beaucoup. Aujourd’hui, nous mettons en lumière ces jeunes courageux qui, armés de détermination, transforment une situation précaire en opportunité.

Des laveurs de motos en pleine activité dans la ville de N’Djamena. Crédit photo : L’Œil du Sahara

L’échec transformé en espoir : Le projet de canal de rétention d’eau

L’idée des grands canaux de rétention d’eau à N’Djamena était ambitieuse et prometteuse. Ce projet visait non seulement à collecter les eaux pluviales de plusieurs quartiers pour réduire les inondations, mais aussi à créer un espace vert et un lieu de détente pour la population. L’objectif était de transformer une infrastructure utilitaire en un symbole de modernité et de mieux-vivre pour les habitants.

Malheureusement, ce projet n’a pas réussi à atteindre ses objectifs. Les canaux, au lieu de devenir un espace propre et fonctionnel, sont aujourd’hui dans un état très sal et laisser pour compte. Cet échec aurait pu représenter une impasse totale, mais les jeunes de N’Djamena ont su en tirer parti.

Lire plus : Tchad – Lavage d’engins : un gagne-pain pour de nombreux diplômés sans emplois

Le quotidien des laveurs de motos

Chaque jour, de jeunes laveurs de motos se réunissent le long de ces canaux pour pratiquer leur activité. En utilisant l’eau stagnante, ils nettoient les motos des clients contre une modeste rémunération (300 FCFA par moto). Ce travail, bien que rudimentaire, reflète leur esprit d’initiative et leur capacité à s’adapter face aux difficultés.

Pour ces jeunes, chaque client représente une opportunité de gagner leur vie, de contribuer aux besoins de leur famille, et de se maintenir à flot dans un environnement économique incertain. Leur courage et leur détermination rappellent qu’aucun travail n’est insignifiant lorsqu’il permet de vivre avec dignité.

Un hommage mérité

Dans un contexte où beaucoup choisiraient d’abandonner ou de dépendre des aides extérieures, ces jeunes laveurs de motos incarnent une éthique de travail admirable. Ils démontrent que même dans l’adversité, il est possible de trouver des moyens créatifs de subvenir à ses besoins. Leur exemple est une source d’inspiration pour toute une génération.

Des leçons à tirer des laveurs de moto

Bien que le projet de canal de rétention ait échoué dans sa mise en œuvre initiale, il montre l’importance de l’innovation et de la responsabilité dans la planification urbaine. Avec un meilleur suivi et une gestion appropriée, ce canal aurait pu devenir un modèle d’aménagement pour N’Djamena. Cependant, son utilisation actuelle par les jeunes laveurs de motos nous enseigne une leçon essentielle : même un projet inachevé peut avoir une utilité lorsqu’il rencontre la résilience de la population.

Rendre hommage à ces jeunes, c’est reconnaître leur lutte quotidienne et saluer leur contribution à la société. Il est impératif que les décideurs prennent en compte leur ingéniosité et travaillent à améliorer les conditions pour que de telles initiatives puissent être soutenues et valorisées. Ce sont ces gestes du quotidien, ces efforts modestes mais réguliers, qui bâtissent le socle d’une résilience collective.


« 4h du matin, nos mères balaient les rues, à la merci de la poussière, des moustiques et du palu. »

À N’Djaména, tout comme dans certaines villes comme Ouagadougou, il suffit de se lever aux aurores pour apercevoir les silhouettes courageuses de femmes munies de balais, arpentant les rues à l’aube. Comme l’a si bien chanté Smarty du groupe Yeleen : « 4h du matin, nos mères balaient les rues, à la merci de la poussière, des moustiques et du palu. » Ces paroles résonnent puissamment dans nos cœurs car elles rappellent une réalité douloureuse : ces femmes sont les héroïnes oubliées de nos cités.

Les femmes de N’Djamena Nadif entrain de balayer une rue à N’Djamena. Crédit photo : abdallahboss.mondoblog.org

Ces travailleuses, souvent appelées « mères de la rue » ou les femmes « les femmes de N’Djamena Nadif« , qui en arabe tchadien signifie « Ndjamena propre » se lèvent avant l’aube pour rendre nos villes propres. Elles affrontent la poussière, le froid, la pollution, les risques sanitaires comme le paludisme et les piqûres de moustiques. Ces conditions de travail sont éprouvantes et peu valorisées, malgré leur importance capitale pour l’assainissement urbain.

Des conditions de travail pénibles et insoutenables

Les femmes qui balaient les rues sont bien souvent peu ou pas protégées. Sans équipements de protection adéquats, elles inhalent la poussière quotidienne et restent exposées aux risques sanitaires. À chaque balayage, elles risquent des infections respiratoires, la malaria et d’autres maladies. Leur santé, leur bien-être et leur sécurité semblent sacrifiés au nom de la propreté de nos villes.

Les femmes de N’Djamena nadif en plein travail. Crédit phto: IALTCHAD PRESSE

Malgré leur dévouement, ces mères, employées par la Mairie de N’Djamena, ne bénéficient pas d’un salaire fixe. Leur rémunération, souvent variable, oscille entre 55 000 et 60 000 FCFA, et elles ne reçoivent pas non plus de véritable reconnaissance sociale. Cette situation est d’autant plus difficile à accepter que les bénéfices de leur travail soient ressentis par tous, mais que peu de gens reconnaissent leur contribution.

Lire plus: Les balayeuses des rues demandent l’amélioration de leurs conditions

Le manque de protection sociale

Ces travailleuses manquent aussi de protection sociale. En cas de maladie ou d’accident, elles se retrouvent souvent démunies, sans couverture médicale ni assurance. La protection sociale pour ces mères de la rue devrait être une priorité dans les politiques urbaines et sociales de notre pays. Ces femmes méritent des équipements appropriés, une assurance santé et des conditions de travail dignes.

Vers la reconnaissance envers ces femmes

La société tchadienne gagnerait à porter un regard plus reconnaissant sur ces femmes et à exiger des mesures de protection pour elles. Que ce soit par des actions collectives, des appels à la sensibilisation ou des projets d’amélioration de leurs conditions de travail, nous pouvons contribuer à valoriser leur rôle et à améliorer leur quotidien.

Les mots de Smarty nous rappellent que ces femmes sont nos mères, nos sœurs, nos tantes. Elles méritent respect et reconnaissance. Réfléchir à leurs conditions, c’est honorer leur travail et espérer un avenir meilleur pour elles, où elles ne seraient plus « à la merci de la poussière et du palu » mais des actrices dignement reconnues et protégées de notre société.


Je vous raconte un petit moment passé dans mon village Kolon Bagaye

Je suis parti de N’Djamèna à 9h50, en direction de Kelo, le carrefour du sud du Tchad. A mon arrivée à Kelo, j’ai reçu un accueil chaleureux et je me suis senti vraiment en famille. Cependant, avant de partir, on m’avait annoncé le décès de Tonton, le petit frère de mon père. Ce fut un choc.

La tombe d’un parent. Crédit: Louis DORSOUMA

Le lendemain matin, j’ai quitté Kelo pour me rendre au village (Kolon Bagaye). En chemin, nous avons traversé plusieurs jolis villages, mais nous nous sommes égarés car le clandoman (conducteur de moto taxi) ne connaissait pas bien l’endroit. Après quelques demandes, nous sommes finalement arrivés.

A mon arrivée, mon oncle avait déjà été inhumé, mais j’ai pu voir sa tombe et présenter mes condoléances à sa femme et à ses enfants. J’ai aussi découvert la danse traditionnelle de mon village.

Deux petites cases dans mon village à Kolon Bagaye. Crédi photo: Louis DORSOUMA

Cependant, j’ai ressenti un pincement au cœur en voyant que le seul puits du village, qui fournissait de l’eau, était insalubre et invivable. J’étais triste et j’ai pris quelques photos pour plaider auprès des fonctionnaires originaires de Kolon Bagaye à N’Djamena, afin qu’ils puissent faire quelque chose, ne serait-ce qu’offrir de l’eau potable aux habitants de ce village qui a vu grandir mon père paix à son âme Dorsouma Djmai René et leurs parents.

Puits dans mon village à Kolon Bagaye. Crédit: Louis DORSOUMA

J’ai également visité un de mes cousins germains homo à mon père René, malade et paralysé. Il était content de me recevoir et m’a offert un poulet en signe de reconnaissance. Merci à lui !

Quelques villageois pendant les obsèques entrain de jouer au tamtam. Crédit: Louis DORSOUMA

A 14h, nous avons pris la direction de Kelo. Je me suis vraiment ressourcé et content d’avoir remis les pieds dans ce beau village après 21 ans.

Voilà en résumé mon petit moment passé dans mon village Kolon Bagaye. Bonne méditation à tous !


Ne pas devenir journaliste ? Une idée à reconsidérer

Souvent perçu comme un métier difficile et ingrat, le journalisme est loin de faire l’unanimité parmi ceux qui s’y lancent. Pourtant, derrière les avertissements sur le stress, la précarité ou l’absence de vie sociale, se cachent des avantages inestimables que beaucoup semblent oublier.

« Ne pas devenir journaliste ». Cette phrase n’est pas de moi. En fait, je suis en total désaccord avec ceux qui la prononcent. Pendant mes études en communication pour le développement (C4D), j’ai rencontré certains de mes ainés qui avaient choisi le journalisme et j’ai cherché leurs conseils sur une éventuelle spécialisation en journalisme après l’obtention de ma licence en C4D. Malheureusement, la majorité d’entre eux n’ont fait que me parler des contraintes de leur métier : « C’est trop stressant », « tu n’as plus de vie sociale », « c’est un métier ingrat », « si tu veux être riche, ne viens pas dans le journalisme », etc. Ces avis négatifs m’ont poussé à continuer mon master en communication pour le développement, un choix que je ne regrette pas.

Une journaliste asiatique passionnée par son travail. Crédit: Pexels

Des avantages souvent oubliés

« Il faut reconnaitre qu’il y’a une part de vérité dans ce qu’ils disaient, mais quand même… »

Ces ainés oubliaient de mentionner qu’ils voyageaient beaucoup, qu’ils avaient accès à tous les milieux, des ouvriers agricoles des villages les plus reculés aux chefs d’Etats, en passant par les hommes d’affaires les plus prospères du pays. Ils omettaient de dire qu’ils avaient le pouvoir extraordinaire de changer de vie des gens en relatant leurs histoires, qu’ils contribuaient à assainir le débat public et à orienter la gestion de la cité.

Ils ne mentionnaient pas non plus que le journalisme ouvre la porte à d’autres carrières et que beaucoup d’entre eux vivent tout de même mieux que la majorité des Tchadiens. Et malgré tout, rien n’empêche un journaliste de s’épanouir dans son métier.

Réflexion personnelle sur le métier

A mon avis, aucun métier n’est intrinsèquement facile ou difficile, et aucun métier ne rend riche ou pauvre à priori. Ce qui importe le plus, c’est le « Pourquoi ? ». Nos choix sont rarement motivés par les mêmes raisons. Tout dépend de notre objectif de vie, de la manière dont nous vivons notre métier au quotidien, et de la direction que nous souhaitons prendre. Le métier de journaliste peut être très contraignant, mais il est également très passionnant. Des opportunités de croissance existent pour un journaliste qui est prêt à les saisir.

Conseil aux aspirants journalistes

Mon conseil serait donc le suivant : si vous souhaitez devenir journaliste, renseignez-vous sur les contraintes et les opportunités. Faites votre propre évaluation et prenez votre décision sans vous laisser influencer.

Vous pourriez bien être l’un des meilleurs journalistes dans cinq ou dix ans. Et vous pourriez en vivre très bien.

Qu’en pensez-vous ?


Tchad : Pourquoi la démocratie des armes l’emporte-t-elle toujours sur la démocratie des urnes ?

Le Tchad, pays d’Afrique centrale riche en histoire et en ressources naturelles, est marqué par une instabilité politique chronique depuis son indépendance en 1960. Les récentes élections présidentielles ont vu la victoire du président sortant, Mahamat Idriss Itno, fils de l’ancien président, le défunt maréchal Idriss Deby Itno.

La victoire de Mahamat Idriss Itno n’a surpris personne, car les craintes d’une succession dynastique étaient omniprésentes depuis le début de la transition. Ce phénomène soulève une question cruciale : pourquoi la démocratie des armes l’emporte-t-elle toujours sur la démocratie des urnes au Tchad ?

Des combattants tchadiens se présentent à l’élection présidentielle de 2024 © Moussa Alou COULIBALY

La force militaire comme boussole

Depuis que le Tchad est devenu indépendant, le pays n’a jamais connu d’élection véritablement libres et transparentes. Les régimes successifs ont souvent utilisé la force militaire pour s’imposer, marginalisant ainsi la volonté populaire exprimée par les urnes. Cette dynamique a créé un cycle où le pouvoir est maintenu par la force, plutôt que par le consentement des gouvernés.

Les racines de la démocratie des armes

Le Tchad a été le théâtre de nombreux conflits internes et coups d’Etat, créant un environnement où le pouvoir militaire prime sur les processus démocratiques. Les rivalités ethniques et régionales exacerbent cette instabilité, chaque groupe cherchant à contrôler l’appareil d’Etat par tous les moyens.

L’armée tchadienne joue un rôle central dans la politique du pays. Depuis les années 1990, avec l’arrivée au pouvoir d’Idriss Déby Itno, l’armée est devenue un pilier du régime, garantissant la stabilité du pouvoir en place et réprimant toute opposition. Cette militarisation de la politique a façonné une culture où la force est perçue comme le moyen le plus efficace de gouverner.

Le Tchad souffre d’une faiblesse chronique. Les institutions démocratiques, telles que les partis politiques, le parlement, et le système judiciaire, manquent d’indépendance et de pouvoir réel. Cette fragilité institutionnelle empêche le développement d’un cadre démocratique robuste où les élections pourraient se dérouler de manière libre et équitable.

Le cas de Mahamat Idriss Déby Itno

Mahamat Idriss Deby Itno, assiste aux célébrations de la 63e fête de l’indépendance à Ndjamena, le 11 août 2023. © Denis Sassou Gueipeur / AFP

L’accession au pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno, suite au décès de son père, illustre parfaitement la prévalence de la démocratie des armes sur celle des urnes. En avril 2021, après la mort d’Idriss Déby Itno sur le front, un conseil militaire de transition dirigé par son fils a immédiatement pris le contrôle du pays. Cette transition militaire a été perçue comme une continuité du régime précèdent, renforçant l’idée d’une succession dynastique.

Malgré les promesses de transition vers un gouvernement civil, les élections présidentielles de 2024 n’ont fait que confirmer les craintes d’une dynastie en devenir. La victoire de Mahamat Idriss Déby Itno a été largement anticipée, la population tchadienne étant résignée à accepter que les véritables leviers du pouvoir restent entre les mains de l’armée et de la famille Déby.

Pourquoi la démocratie des armes persiste-t-elle ?

La longue histoire de conflits et de régimes militaires au Tchad a engendré une culture politique où la force est légitimée comme moyen de gouvernance. Les populations habituées à des décennies de régimes autoritaires, ont peu de foi dans les processus électoraux.

Toute tentative d’opposition est rapidement réprimée par le régime en place. Les partis d’opposition et les mouvements civils font face à des restrictions sévères, des arrestations arbitraires et une surveillance constante, limitant leur capacité à mobiliser et à participer efficacement aux élections.

Le Tchad reçoit un soutien international considérable, notamment de la France et des états unis, en raison de sa position stratégique dans la lutte contre le terrorisme dans la région du sahel. Ce soutien militaire et financier renforce le pouvoir en place, même s’il n’est pas démocratiquement élu.

Le président français, Emmanuel Macron, et le président de transition tchadien, Mahamat Idriss Déby, à l’Élysée, le 6 février 2023. © AFP – LUDOVIC MARIN

Pour que la démocratie des urnes prenne le pas sur la démocratie des armes, plusieurs conditions doivent être réunies notamment construire des institutions indépendantes et robustes qui peuvent garantir des élections libres et équitables, sensibiliser la population sur l’importance de la participation démocratique et des élections libres est essentiel pour changer la culture politique, la communauté internationale doit jouer un rôle plus proactif en soutenant les reformes démocratiques et en conditionnant l’aide à des progrès concrets en matière de gouvernance.

La prévalence de la démocratie des armes sur celle des urnes au Tchad est le résultat d’une combinaison de facteurs historiques, culturels, politiques et internationaux. Renverser cette tendance nécessitera un engagement soutenu à plusieurs niveaux pour bâtir un avenir où la volonté du peuple s’exprime librement et où les urnes remplaçant définitivement les armes.


Réflexions sur la foi et la politique au Tchad : Entre dévotion religieuse et turbulences politiques

Dans un contexte marqué par la diversité religieuse et des événements politiques tumultueux, le Tchad semble être pris entre la crainte de Dieu et les réalités complexes de la scène politique. Alors que les protestants viennent de conclure 40 jours de dévotion, les catholiques ont entamé leur période de jeûne, et les musulmans s’apprêtent à débuter leurs 30 jours de Ramadan, la question qui persiste est de savoir si cette dévotion religieuse coexiste harmonieusement avec la gouvernance du pays.

Les fidèles musulmans en prière à la Grande mosquée de Ndjamena. Crédit: Mahamat Hassane Ramadan

Les récents développements politiques, tels que l’assassinat de l’opposant Yaya Dillo, ont jeté une ombre sur le paysage politique tchadien. La décision de Mahamat Déby de se présenter aux élections présidentielles, malgré ses promesses antérieures, soulève des questions sur l’intégrité des engagements politiques et sur la coexistence entre la foi et la conduite des affaires publiques.

Il est indéniable que la spiritualité joue un rôle significatif dans la vie des Tchadiens, comme en témoignent les rituels religieux observés par les différentes communautés. Cependant, la question cruciale demeure de savoir si cette dévotion religieuse se traduit par une gouvernance empreinte de valeurs éthiques et morales.

L’assassinat tragique de Yaya Dillo a mis en lumière les tensions politiques au sein du pays. Les critiques fusent quant à la transparence et à la justice dans le traitement de cette affaire. La foi, qui devrait normalement inspirer la paix et la justice, se retrouve confrontée à des défis dans un contexte où la politique semble parfois dicter le cours des événements.

La décision de Mahamat Déby de se présenter aux élections présidentielles, malgré les assurances antérieures, souligne les dilemmes auxquels les dirigeants politiques sont confrontés. Entre les exigences de la politique et les principes éthiques, la balance semble parfois pencher de manière délicate.

Le président de transition du Tchad Mahamat Idriss Déby Itno en plein discours. Crédit: Jonathan Bayssa

Lire aussi: Tchad : Mahamat Idriss Déby annonce sa candidature à la présidentielle du 6 mai

Dans ce contexte, les citoyens tchadiens se retrouvent à naviguer entre leur foi profonde et leur engagement civique. La question de savoir si la crainte de Dieu reste au cœur des décisions politiques ou si la politique devient une farce aux yeux du peuple suscite des réflexions profondes.

Le Tchad se trouve à la croisée des chemins, entre la dévotion religieuse et les tumultes politiques. La foi, censée être un guide moral, est mise à l’épreuve par les réalités politiques parfois impitoyables. Les citoyens tchadiens aspirent à une gouvernance qui reflète leurs valeurs spirituelles tout en garantissant la stabilité et la justice pour tous.


Le nom « FRANCE » dérange-t-il en Afrique francophone ?

La politique africaine de la France suscite de plus en plus de mécontentement en Afrique. Ces derniers mois ou années, nous avons observé une vague de coups d’État en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, au Burkina Faso, en Guinée, et dernièrement au Niger, où le président Bazoum a été renversé par sa propre garde présidentielle. Ces coups d’État répétés soulèvent une question pertinente : est-ce que le nom « France » dérange en Afrique ? Et après le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, et le Niger, quel pays sera le prochain à subir une telle instabilité ?

Rappel historique des trois derniers coups d’Etat

Au Mali, en août 2020, suite à des élections contestées, les militaires ont renversé le président Keïta et le Premier ministre Cissé. Un Comité national pour le salut du peuple, puis un Comité national de transition ont été formés, avec la promesse d’organiser des élections démocratiques début 2022. Cependant, la situation malienne reste difficile, avec des problèmes économiques et la persistance de la lutte contre le djihadisme.

Au Burkina Faso, en janvier 2022, pour des raisons sécuritaires, le Lieutenant-colonel Damiba a pris le pouvoir en renversant le président démocratiquement élu, Roch Marc Christian Kaboré. Huit mois après, n’ayant pas obtenu les résultats escomptés sur le plan sécuritaire, Damiba a été à son tour renversé par un jeune capitaine de 34 ans, Ibrahim Traoré, qui avait également participé au putsch de janvier.

En Guinée, en septembre 2021, les militaires des forces spéciales se sont emparés du président Alpha Condé, suspendant les institutions et annonçant une transition inclusive.

Le cas du Niger

Le cas du Niger est également préoccupant, avec une série de tentatives de coups d’État ayant échoué en mars 2021 et 2022, et finalement réussi le 26 juillet 2023. Les militaires de la garde présidentielle ont pris d’assaut le palais présidentiel et se sont emparés du pouvoir, séquestrant le président Bazoum. Une junte, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a été formée et a décrété la fermeture des frontières du pays, la suspension des institutions, et un couvre-feu.

La “France” dans tout ça !

Face à ces événements et à la manière dont les populations décrivent la politique française en Afrique, il est évident que les peuples francophones en ont assez de la « Françafrique ». La France doit maintenant se poser des questions sur sa politique africaine. Devrait-elle plier bagage ou revoir sa stratégie ?

L’émission Appels sur l’actualité de RFI, à reécouter.

Parallèlement, on remarque que la Russie et la Chine gagnent en influence en Afrique. Toutefois, il est essentiel de souligner que la présence accrue de ces pays ne se limite pas seulement à l’Afrique francophone. La Chine et la Russie cherchent à étendre leur influence dans toute l’Afrique, y compris dans les pays anglophones et lusophones.

Il est crucial pour la France de prendre en compte ces évolutions géopolitiques et de réévaluer sa politique en Afrique. Les intérêts africains doivent être placés au centre de ses préoccupations, en accordant une plus grande attention aux aspirations des peuples africains, particulièrement axés sur les questions de souveraineté. Une politique respectueuse, équitable, et basée sur le dialogue et la coopération pourrait contribuer à apaiser les tensions et à rétablir la confiance entre la France et l’Afrique. Cela pourrait également freiner l’influence grandissante d’autres acteurs internationaux sur le continent.

Le Président Français Emmanuel en plein discours. Crédit: Jacques Paquier via FlickrCC


Troisième mandat : coup d’État ou pas ? Analyse de cas en Afrique

La question du troisième mandat présidentiel est un sujet sensible et controversé en Afrique. Récemment, plusieurs pays du continent ont connu des situations où les chefs d’État se sont prononcés sur leur volonté ou non de briguer un troisième mandat. Dans cet article, nous examinerons trois cas emblématiques : le président sénégalais Macky Sall, le président ivoirien Alassane Ouattara et le président gabonais Ali Bongo. Nous évoquerons également les soupçons qui entourent le président de transition du Tchad, Mahamat Idriss Deby. À travers ces exemples, nous tenterons de déterminer si un troisième mandat constitue un coup d’État à l’encontre de la volonté démocratique.

Le cas du président sénégalais Macky Sall 

Récemment, le président sénégalais Macky Sall a pris une décision historique en renonçant à un troisième mandat. Cette décision a été largement saluée par la population sénégalaise et par de nombreux Africains, car elle témoigne d’un respect des principes démocratiques et de la limitation des mandats présidentiels. Dans le cas de Macky Sall, son geste est perçu comme un acte politique responsable, favorisant la stabilité et la confiance dans les institutions.

LIRE AUSSI

Arbre à palabres : un espace de parole et de consensus en Afrique centrale

Le cas du président ivoirien Alassane Ouattara

À l’inverse, le président ivoirien Alassane Ouattara a suscité une controverse en renonçant à sa décision initiale de ne pas briguer un troisième mandat. Cette volte-face a été perçue par de nombreux observateurs comme une violation de l’esprit démocratique et un coup porté à la stabilité institutionnelle. La réaction de la population africaine dans ce cas a été plus mitigée, avec des voix qui soutiennent la continuité politique et d’autres qui dénoncent une remise en cause des principes démocratiques.

Le cas du président gabonais Ali Bongo

Un autre exemple intéressant est celui du président Ali Bongo, qui a succédé à son père en 2009 et qui envisage de se représenter pour un troisième mandat. Cette situation soulève des interrogations quant à la consolidation du pouvoir au sein d’une même famille et à la perpétuation des élites politiques. Les opposants au régime d’Ali Bongo voient en cette candidature une entorse à la démocratie, tandis que ses partisans défendent son droit à se représenter, arguant des réalisations de son mandat précédent.

LIRE AUSSI

Cuisine tchadienne : le Tankoul, une sauce mythique au cœur de la culture Sara

Les soupçons entourant le président de transition du Tchad

Enfin, le cas du président de transition tchadien Mahamat Idriss Deby, soulève également des interrogations. En succédant à son père, Idriss Deby, qui a dirigé le pays pendant près de trois décennies, Mahamat Idriss Deby est soupçonné par certains d’être en train de mettre en place une succession dynastique. Ces soupçons remettent en question la démocratie et la volonté populaire dans la désignation des dirigeants.

La question des troisièmes mandats présidentiels en Afrique est donc complexe et suscite des débats passionnés. Les exemples du président sénégalais Macky Sall, du président ivoirien Alassane Ouattara, du président gabonais Ali Bongo et du président de transition du Tchad Mahamat Idriss Deby illustrent les différentes perceptions et réactions face à cette problématique. Alors que certains voient dans un troisième mandat un moyen de garantir la continuité et la stabilité politique, d’autres considèrent cela comme une remise en cause des principes démocratiques. L’avenir de la démocratie en Afrique dépendra de la capacité des nations à trouver un équilibre entre la nécessité de changement et la préservation des institutions démocratiques.


Oublié dans l’ombre : La tombe délaissée du premier bachelier et écrivain tchadien Joseph Brahim Seid Needi

En tant que communicateur, la lecture occupe une place de choix dans mon univers. J’ai découvert les œuvres de Joseph Brahim Seid au collège, plus précisément au Lycée Franco-Anglais « La Lumière d’Abena » à N’Djamena, au Tchad. L’œuvre qui m’a fait découvrir ce grand monsieur est Au Tchad sous les étoiles (1962), un recueil de récits qui met en valeur les légendes et les contes expliquant la diversité de la culture tchadienne. Partons ensemble à la découverte de ce grand Baobab de la littérature tchadienne.

Qui est Joseph Brahim Seid Needi ?

Joseph Brahim Seid Needi est né le 27 novembre 1927 dans le pays Gor, dans la région du Logone Oriental. Il est décédé en 1980, à une époque où le Tchad était déchiré et ensanglanté par une guerre entre différentes factions politico-militaires et groupes armés qui ont déferlé sur N’Djamena à la suite des événements survenus le 12 février 1979. Il a ensuite gagné le reste du pays. Il est le premier Tchadien à obtenir son baccalauréat en 1947 et part ensuite en France pour poursuivre ses études de droit. À son retour au pays, il est nommé Ministre de la Justice, puis procureur général. Il meurt en 1980. Mais avant cette brillante carrière, Joseph Brahim Seid aurait vécu plusieurs vies. Il commence puis abandonne successivement des études de médecine à Ayos, au Cameroun, puis de pharmacie à Brazzaville. Tous ces abandons sont attribués à son indiscipline.

Cet homme est connu pour ses œuvres telles que Au Tchad sous les étoiles (1962) et Un enfant du Tchad (1967).

A lire: Le Club Joseph Brahim Seid : une passion commune pour la lecture

Tombe délaissée

La découverte de la tombe délaissée de Joseph Brahim Seid Needi a suscité en moi un profond sentiment de tristesse et de consternation. Les images de sa dernière demeure, négligée et oubliée, ont révélé une réalité troublante : dans mon pays, ce sont souvent les analphabètes qui occupent le devant de la scène, tandis que les grands intellectuels qui ont consacré leur vie au développement du Tchad sont relégués dans l’ombre.

Ici, repose le premier écrivain tchadien Joseph Brahim Seïd. Crédit photo: Khalid Adam Ahmad/Facebook

Joseph Brahim Seid Needi était un homme exceptionnel, dont les contributions à la littérature tchadienne ont ouvert de nouvelles perspectives et ont permis de préserver les légendes et les contes qui décrivent la richesse de notre culture. Son recueil de récits, Au Tchad sous les étoiles, est un véritable trésor littéraire qui mérite d’être célébré et partagé avec fierté.

Pourtant, il est évident que l’héritage de Joseph Brahim Seid Needi a été négligé et relégué à l’oubli. Sa tombe abandonnée est le triste reflet de l’indifférence et du manque de reconnaissance envers nos intellectuels et écrivains. Alors que ces personnes exceptionnelles ont consacré leur vie à promouvoir notre identité culturelle et à élever notre pays sur la scène internationale, il est regrettable de constater que leur mémoire est oubliée et leurs contributions sont minimisées.

Il est essentiel que nous, en tant que société, reconnaissons et valorisons les figures intellectuelles et littéraires telles que Joseph Brahim Seid Needi. Leur héritage nous rappelle notre riche patrimoine culturel et nous inspire à poursuivre leur travail en faveur du développement de notre nation.

Il est temps de faire entendre notre voix et de redonner à ces grands écrivains tchadiens la place qui leur revient. Il est impératif que nous soutenions et préservions leur travail, en érigeant des monuments commémoratifs appropriés et en encourageant la lecture de leurs œuvres dans nos écoles et nos foyers.

La mémoire de Joseph Brahim Seid Needi et de nombreux autres écrivains tchadiens mérite d’être honorée et célébrée. En reconnaissant leur importance et en promouvant leur héritage, nous rendons hommage à notre identité culturelle et nous construisons un avenir où les générations futures pourront s’inspirer de leur brillante contribution à la littérature tchadienne.

Espérons que ces actions contribueront à mettre en lumière les écrivains et intellectuels tchadiens, et que les tombes délaissées ne seront plus le triste symbole de l’oubli, mais plutôt le point de départ d’une renaissance culturelle et littéraire dans notre pays.


Air Afrique : de la naissance à la faillite, l’héritage en question

Air Afrique, autrefois fierté de l’aviation africaine, a connu des hauts et des bas tout au long de son existence tumultueuse. Fondée avec l’ambition de connecter les pays africains et de promouvoir le développement économique du continent, la compagnie aérienne fait face à des difficultés financières insurmontables, conduisant à sa faillite. Cet article se penche sur l’histoire mouvementée d’Air Afrique, les raisons de sa chute, et examine les conséquences qui en ont découlé pour ses lignes, ses employés et ses dirigeants. Enfin, nous nous demanderons si une renaissance de cette icône de l’aviation africaine est envisageable.

La naissance d’Air Afrique

Air Afrique a vu le jour en 1961, résultant d’une collaboration entre plusieurs pays africains souhaitant établir une compagnie aérienne régionale. Les pays fondateurs comprenaient le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Dahomey (aujourd’hui le Bénin), le Sénégal et le Togo. L’objectif principal était de créer un transporteur aérien africain capable de connecter les villes du continent et de faciliter les échanges commerciaux et le développement économique.

A LIRE

Il était une fois Air Afrique

Les raisons de la faillite

Malgré ses débuts prometteurs, Air Afrique a été confrontée à une série de défis qui ont finalement conduit à sa faillite. Parmi les principales raisons figurent une mauvaise gestion financière, une concurrence féroce des compagnies aériennes internationales, une flotte vieillissante et des problèmes politiques internes. La compagnie aérienne a également été touchée par des grèves répétées de son personnel, des difficultés opérationnelles et une expansion trop rapide sans une base financière solide.

Les conséquences pour les lignes, les employés et les dirigeants

Suite à la faillite d’Air Afrique, les lignes desservies par la compagnie ont été reprises par d’autres transporteurs, tant africains que internationaux. Les employés d’Air Afrique ont été confrontés à des licenciements massifs, laissant des milliers de personnes sans emploi. Certains ont pu retrouver du travail dans d’autres compagnies aériennes, tandis que d’autres ont été contraints de se réorienter professionnellement. Quant aux dirigeants de la compagnie, ils ont été confrontés à des enquêtes et des critiques pour leur gestion controversée et certaines accusations de corruption.

Une possible renaissance ?

La question de la renaissance d’Air Afrique divise les observateurs. Certains estiment qu’il est temps de tourner la page et de se concentrer sur de nouvelles initiatives pour développer le secteur de l’aviation en Afrique. D’autres croient en la nécessité d’une compagnie aérienne panafricaine pour stimuler le commerce intra-africain et renforcer la connectivité du continent. Cependant, toute renaissance d’Air Afrique nécessiterait une gestion rigoureuse, un modèle économique solide et une coopération.